Le cherche-corps | Image

, par Stewen Corvez

Mardi 10 juillet 2018

À partir d’un atelier de François Bon

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Mieux qu’une force, le bateau est noir. Sur les quais, des vents se poussent, on les croirait ivres. Le plan n’est pas fixe, on a l’impression qu’il bouge. Dénué de point de vue. Le bateau mitraille en direction de l’eau. Le bateau est gris, ou un peu moins. Des boulettes de pain sur le dos d’un vieux chien et le vieux chien sur trois pattes hurle à l’entrave. On lui a retiré sa gamelle pour qu’il danse encore plus fort. Alors le bateau est blanc. Juste une poussée formidable. Ses yeux sortent de sa carcasse pour engloutir la passerelle un peu rouillée et vermoulue. Les taches de vin sur les marches, des questions vitreuses et glissantes. Le vert domine et le cœur est à vomir. Invivables, les joues montent et descendent, on dirait des mares profondes. De la fumée blanche sort déjà, mais le pont s’angoisse. Le glacier, à l’arrière, entraîne l’ensemble vers l’immobilité malgré les vagues et leur halètement. Le bateau est aveugle, il ne supporte pas d’être vu au-delà du cadre. Sur le pont, d’autres morts s’accrochent aux rames d’un ancêtre hypothétique. Une alarme de cuivre roule entre leurs jambes ou passe tout simplement au travers. On lui reprochera sans doute d’avoir l’estomac trop ouvert, mais ça ne se voit pas. Il manquerait du sable pour les finitions. La neige le remplace, mais elle a fondue. Probablement qu’elle croasse, si l’on se fit aux taches noires qui la brouillent.

https://youtu.be/JWVcZ6jZwT0