Le cherche-corps | Revenir

, par Stewen Corvez

Mercredi 4 juillet 2018

À partir d’un atelier de François Bon

Revenir

Pour fabriquer sa matière Humphrey entre le pas souple dans le brouillard. On lui reproche sa nudité et sa légèreté pourtant il n’a rien de tout ça. Des montagnes d’os entourent la ville sauf dans une longueur où on trouve encore la mer. Il se dirige vers le port, lieu de réclusion mémorielle. Des bouteilles au sol, du verre cassé, des échardes. Et beaucoup de vent, on peine à soupirer. Les bateaux s’approchent à mesure qu’Humphrey descend les ruelles. Il ne se sera finalement cogné qu’à une ou deux enseignes et c’est tant mieux, car elles s’en fichent. Il n’a plus sa casquette de marin. Il ne faudrait pas qu’il s’effondre en arrivant sur le quai. Un mur à n’en plus finir cloisonnent le port d’un côté. Maintenant, il le dépasse d’au moins une tête. L’iode n’a pas grand chose à voir avec le dépôt jaunâtre sur les cloisons de la taverne, mais il lui en faudra plus pour ne pas se saouler. Humphrey n’a jamais mis les pieds ici dans cet état. Ce n’est pas vraiment douloureux, mais il se demande quand même s’il ne vaudrait pas mieux forcer un peu le trait pour être un peu plus à l’aise dans ce brouillard avec lequel il craint de se confondre. Peut-être en gonflant les joues ? Ou en pensant très fort à une goutte d’eau. Quand il est arrivé, personne ne lui a parlé. Et pour cause. Décidément, être mort est très limitant.

https://youtu.be/sBrsE0JvtMk