Fils de voix et de singe - 02 - Du sang dans les cailloux

, par Humphrey Schrödinger

Mardi 24 octobre 2017

Violence

https://youtu.be/nbzDVRkPExk

Il y a des murailles sans fonds qui gouvernent. Et des paysans chevelus qui écartent les bras en poussant de longs sourires aqueux. On chante et on remue de vieux os qu’il faudra un jour brûler avec la valise. En attendant, les monstres et leurs belles joues rouges.

Il y a le piquet que l’on voit et le gargantuesque. Un reflet de mort dans les yeux. Friction du retour et de la terreur sur les fronts fantômes. Tu les regardes droit dans les joues, tes fantômes. Ils ne sont pas là contre toi, même à la lueur des phares gris de l’aube.

Que leurs bouts de chairs éparpillés sur la route ne t’effraient pas. Ils sont le souvenir malin d’une indétermination, d’une queue fugace qui s’est perdue dans un duvet. Au-delà de leur caractère jaune, même si certains se relèvent, ils aspirent encore à la fumée.

Franges et lanières rouges, poils cassants et un peu triste. Tu te demandes d’où leur vient cette tristesse. Si leurs yeux secs ont les humeurs d’un haricot dans la terre, si leurs veines lucides ont l’obstination d’une horloge ou s’ils ont simplement couru jusqu’à l’Enfer y jeter leurs chemises pleines de poux.

Au bord du fleuve, il y a aura toujours quelqu’un pour te taper dans le dos si fort que tu dégringoleras. Parfois, ce sera une falaise avec juste de la roche en-dessous. Si tu es habile, tes fantômes se rassembleront pour te confectionner un matelas bedonnant. Dans le cas contraire, tu devras compter sur les vivants, ceux qui hantent les haches baveuses et les desserts découpés.

Il y a des supplices plus durs à supporter que celui du petit verre de lait où tu trempes matin et soir les douceurs des bras de fer qui t’empoignent l’estomac.
Et puis un jour, loin par la fenêtre tu entendras tes pas lourds sur les plumes.

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