Journal - 01

, par Stewen Corvez

Jeudi 19 mai 2016

Thomas, Friedrich, Richard, Theodor, Johann, Christopher...

...et tant d’autres, m’accompagnent, vont m’accompagner dans les mois et sans doute d’une autre manière, dans les années à venir. Certains d’entre eux, je les connaissais très mal avant. On s’était bien croisé, ici ou là, mais s’en jamais vraiment s’adresser la parole, en s’ignorant à moitié. Maintenant, on s’appréhende, on se tourne autour. Parfois, on fait semblant de ne pas se connaître. Parce qu’on est à autre chose, parce qu’on n’a pas le cœur à ça. Et puis on se recroise et on plonge dans des conversations inattendues qui nous emportent loin, au risque de se noyer ou mieux, au risque de s’envoler. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, atteindre des cieux qui n’ont rien d’inaccessible. Je me sais hors du monde. Mais ce qu’il y a de bien lorsque l’on est hors du monde, c’est qu’on y croise tous les hors du monde du monde, qu’on est libre de s’ignorer, de feindre qu’on est seul à être hors du monde.

Ici, souvent, on est l’ami d’un ami. Je suis l’ami d’Arnold et celui de Christopher. Mais Arnold et Christopher se connaissent mal, peu, voire pas du tout. Je suis l’entremetteur. Friedrich et Thomas se connaissent bien, eux. Je passe quelques moments avec l’un, puis avec l’autre, timidement. On se voit rarement tous les trois ensemble car rapidement, ils m’oublient et il m’arrive laisser filer quelques bouts de conversation tant je suis, paradoxalement, impatient de connaître leurs secrets.

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