49 - Entrailles, cerveau, linceul

, par Stewen Corvez

Samedi 31 octobre 2015

Un bouchon sur une cuiller

Une fois de plus, le temps passe et je ne m’applique guère à venir chanter par ici mes quelques aventures rocambolesques. C’est que, il faut bien le dire, me lancer sur les traces d’Humphrey n’a pas été de tout repos.

Le troisième jour du mois d’août de l’année 2015, je bouclai, rompu, un article où je vous faisais part de basses considérations psychologico-égoïstes. Depuis, de l’eau sale a coulé sous les ponts et je me suis fondu dans une pathétique recherche. Celle de mon moi.

Le vrai.

Celui qui a disparu sous les décombres. Que j’ai abandonné comme on abandonne un vieux mouchoir souillé dans la poubelle après qu’il nous a rendu de grands services, voire même, nous a sorti de situations bien embarrassantes. Mais il m’arrive aussi de me demander si ce n’est pas lui qui m’a jeté. Peut-être trop fêlé, trop bancal pour servir de socle. Voilà c’est ça. Ce fut une sorte de dissociation explosive et finalement, on ne sait plus lequel s’est débarrassé de l’autre. En tout cas, moi je m’y perds. Sûrement parce qu’il s’agit de moi et de mon ego et qu’on ne perçoit que trop difficilement les déflagrations de ses propres entrailles. J’ai perdu un bout de cerveau, mais j’ai gagné une bonne longueur d’intestins. Je crois qu’elle est là la bonne nouvelle.

Le silence, la petite mort du moi, naît sur les terres fertiles de l’avécu. L’existence que l’on mène s’oppose à celle qu’on aurait pu avoir, parfois. Mais plus que cela, il y a celle que l’on n’aurait pas pu avoir, que l’on n’a pas vécu mais qui est pourtant assise sur les pilotis branlants de sa propre possibilité.

Derrière ces brumes, ce sont des capitulations qui prennent forme.

J’aime citer quelques phrases d’un paumé, aujourd’hui mort et (peut-être) enterré. Je ne suis pas allé vérifier si ces cendres sont allé nourrir l’espace fleuri d’un jardin quelconque où si quelques malheureux micro-organismes sont encore en train de se battre contre une belle collection de conservateurs au fond d’un trou. "Votre temps est limité, ne le gaspillez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre". C’est beau comme un panneau facebook. Il y a d’autres phrases après celle-ci, que vous avez déjà du lire à plusieurs reprises si vous suivez mes publications flamboyantes sur les réseaux sociaux. Je prends mon élan, je suis prêt à bondir, à exploser en vol. Peut-être. Encore. Mieux. Je connais pas le mieux, mais je sais qu’il est quelque part planqué sous la croûte nauséabonde qui recouvre moi, comme un linceul de givre déposé là par erreur.

Et puis je rêve que je m’ai envolé.

Parti à la conquête de Nietzsche, Adorno, Mann, Schönberg, Aristote, Stravinsky, Socrate, Berg, Boulez et tous ceux que ma route me fera croiser.

Depuis près de quatre ans, je retiens le couteau qui me délivrera du mal, qui coupera le cordon factice qui me rattache au monstre insensé et glacé qui m’a englouti et séquestré dans son estomac. Son mensonge, la promesse d’une naissance, ne sert qu’à dissimuler les sucs gastriques qui peu à peu me rongent.

Il n’est plus qu’à quelques centimètres. Je sens la froideur de sa lame, comme on sent l’imminence d’un croissant au beurre le dimanche matin près d’une boulangerie.

Juste un petit effort, un seul...

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