46 - Seins, humide, orifice

, par Stewen Corvez

Jeudi 22 janvier 2015

Déni de scoliose

Ce matin même, j’ai failli claquer des pieds et des mains, et paf, revoir le soleil garnir mon entrain. En ce énième jour après le changement de cap, ça brille encore trop, tout près du cerveau. J’ai craqué une allumette au-dessus du front, il va être temps de mettre feu à l’ampoule.

Comment ? D’abord savoir que le doute est une béquille nécessaire, celle qui sauve du sentiment de toute puissance. Tant qu’elle ne s’enfonce pas dans la boue. Parfois la boue est traîtresse, elle avale et refuse de régurgiter. Il faut attendre la fin de la digestion, dans la flagrance fleurie des décompositions animales et végétales (j’ai, un instant, songé à filer ma métaphore autour des excréments mais il est hors de question de parler de caca sur ce blog, c’est un sujet trop sérieux.) Au réveil, on est couvert de honte comme l’ex-puceau après quinze secondes d’amour au bord des seins.

Le mal est fait, le mercenariat a eu toute latitude pour incuber, injecter son venin nauséabond dans la moindre cellule de matière grise. Il est bien difficile pour un vendu d’arracher le croc qui lui dévore la poitrine sans emporter le cœur. Sans ce masque infâme qui couvre jusqu’aux oreilles qui sait, peut-être, mes yeux couverts de boue (à cause de la béquille, suivez un peu, que diable !) auraient imploré mes mains de prendre la lance gisant pourtant près de moi, flottant sur le sol humide. Et alors, j’aurais évité avec élégance, la charge du mastodonte à l’hypertrophie nasale sur la route duquel je m’étais faufilé, dans un moment d’égarement.

C’est ce qui arrive quand on prend le chemin des autres, le chemin balisé par la bonne conscience.

Maintenant, la boîte de pandore s’est ouverte sur des fantômes maigres et nerveux, aussi durs et friables qu’un steak abandonné dans une couveuse en flammes. Il m’accompagnent aujourd’hui, je dois vivre avec. Je ne sais pas encore si je les aime. Ils me griffent, me pincent, me giflent, m’écorchent au rouge lorsque je leur refuse mon attention. Pourtant je connais leur vraie nature, je sais qu’ils sont au fond bienveillants. Encore faut-il que dans ce dédale grouillant de mains aux doigts crochus évoluant sur des tiges infiniment longues et mouvantes, je parvienne à l’orifice qui me fera renaître au monde.

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Tout ça pour dire qu’il faut éviter de cracher dans la soupe quand on a une dent qui bouge...