45 - Résurrection, mutilation, poussière

, par Stewen Corvez

Jeudi 15 janvier 2015

Retour du front

La résurrection est un art subtil maîtrisé par bien peu d’entre nous. Je ne parle pas de l’épineux barbu qui nous a quittés il y a une bonne deux-millaine d’années, mais de l’incroyable capacité surhumaine à renaître de ses cendres. On pourrait citer, pour les plus parlantes, des rémissions cancericoles. Certes, on pourrait me rétorquer avec violence, auquel cas je vous sommerais de bien vouloir vous calmer sinon j’appelle tonton Bébert qui est super fort avec ses biceps en forme de grues de chantier et sa voix d’ours enrhumé, que la rémission n’est pas une résurrection. Je suis bien d’accord, et je pourrais m’arrêter là, m’étant joliment contredit et contrarié. Mais je ne renoncerai pas, il me faudra juste trouver un autre angle d’attaque car il faut bien l’admettre, cette introduction est particulièrement vaseuse. Passons.

Une de mes plus frustrantes difficultés dans la vie de tous les jours est de trouver le mot juste. Il y en a des tas, des mots. Des qui approchent de très près le signifié, d’autres qui n’en sont qu’une vue floue ou parcellaire. Je cherche à qualifier le rapport malsain que j’entretiens aujourd’hui avec le mammouth auquel j’ai jadis sucé le téton. Dégoût ? Découragement ? Désespoir ? Déploration ? Déculotté ? Décalotté ?

Auto-mutilation, auto-castration. En faisant le choix d’entrer dans le monde merveilleux des éléphantidés préhistoriques, je me suis amputé d’une belle part de matière grise, je me suis résigné à l’inacceptable. Je me suis roué de coups de fouets et enroulé dans une longue tige d’épines dont je sors à peine, la peau recouverte de morsures rouges de résignation honteuse. Et j’ai frôlé l’extinction.

Je me jette dans le vide et paf ! les deux pieds dans le plat.

Résurrection. Finalement, mon introduction n’était pas si lamentable, si l’on excepte l’hideuse référence sus-citée aux décalottés de circonstance. Enseigner n’est pas si grave. Ça peut même parfois être beau. Mais on ne peut pas demander à un bœuf de faire pénétrer sa charrue dans le béton sans en avoir au préalable retiré la goupille.

Le dos cassé de m’être trop courbé, c’est depuis le sol, le nez dans la poussière, que je tends le drapeau blanc.

Le mammouth est primitif. On se fait quand même la bise ? Non, tu sens mauvais dans ta bouche.

Je rends les armes.

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Tout ça pour dire qu’il faut savoir faire exploser les urnes (funéraires) pour prendre son envol...