Le serpent des pois (2)

, par Stewen Corvez

Alors, du bout des doigts, dégoulinants de doutes comme des écrevisses un lendemain de cuite au Porto, je dépose ce que je ne sais pas encore être la raison de ma chute sur la table de la cuisine.Je décide, parce que la vie est trop courte pour grandir sans peindre les délires involontaires de la nuit d’une couche de lune, de m’étendre sur le carrelage poreux dont les tâches éternelles invoquent les fantômes des locataires précédents. Je ferme les yeux.

Le vide.

Juste un verre d’éther, de matière noire, tout ce que vous voudrez. Encore qu’aujourd’hui, malgré les marques profondes qui violent ma conscience, j’en viens à me demander, comme pour remettre en jeu la mémoire de Socrate, si "le plus nul des philosophes se reconnaît vraiment aux traces de métaphysique sous les ongles". Soit, pour l’antique cerveau, la barrière entre le vrai et le perçu est aussi floue qu’une huître un soir de nouvel an entre l’apéritif et l’entrée. Mais quand même. J’ouvre les yeux.

Je me lève en me massant la nuque tant il est vrai que même Nietzsche, jamais, à la fin de sa vie, n’aurait délocalisé la matrice des connexions nerveuses, inspirant les plus vieux des contemplateurs de chimères, sur le mur horizontal qui a vu naître et mourir des souvenirs de beurre, d’huile, de vin sous les semelles arrogantes des souffles qui ont inondé sa cuisine.

Il est toujours là. Il n’est plus qu’un filet d’ombres qui refuse la danse de roux et de jaune qui se joue devant mes fenêtres. En approchant la main, je m’aperçois que mes doigts fondent dans les mailles obscures, comme si ma main s’obstinait à respirer les lamentations des grains de lumière, invisibles à quelques centimètres du colis, comme figés par la peur.

Tout ça pour dire que la chevillette cherra...